La femme à la toque russe, cette femme au visage entortillée dans une écharpe de laine, était-elle une Freemen connectée ?
Et sur le toit du 27bis, elle avait aperçu un campanile. Id avait dit que les Freemen y installaient leur système de communication.
Id avait parlé de la technologie Freemen. Des cerveaux transformés en nœud du réseau. Elle avait cherché à en décoder les signaux.
Jason était un Freemen, un libertaire, un homme persuadé que l’humanité pouvait s’organiser en se passant des puissants.
Elle avait vu sa détresse, sa peur de perdre ses enfants, elle avait vu la haine des Croisés, elle ne pouvait rester inactive.
Elle aurait dû fuir. Jason n’était un homme pour aucune femme. Mais elle avait vu l’implant quantique dans le cerveau de Mitch.
Situation pour elle inconfortable. Elle avait toujours été égoïste. Fille unique, elle ne pensait qu’à sa satisfaction personnelle.
Elle ne pensait qu’à Jason qu’elle n’arrivait pas encore à appeler Joseph. {Je suis donc amoureuse de toi.} Elle se devait de l’aider.
Extase serrait sur ses genoux son PC. Elle se repliait autour de lui, presque en position fœtale. {Qu’est-ce que je dois faire?}
Le ciel de Paris restait dégagé. Deux couches atmosphériques de densité différente refusaient d’entrer en conflagration.
Sous elle, les bateaux-mouches et les phares des voitures traçaient des traînées rémanentes comme sur les anciens écrans d’ordinateur.
Elle s’était assise sur la passerelle, avec l’impression d’être en montagne dans une remontée télémécanique un jour de brume.
Extase s’était éloignée du 27bis quai Anatole France. Elle avait remonté le trottoir côté Seine, coincée entre le quai et la voie sur berge.
[Fin chapitre 70 #twiller #Croisade... ça continue sur http://twiller.tcrouzet.com/ ]
Il fallait maintenant qu’il dorme. Quand il se réveillerait, il serait peut-être un monstre. Mais déjà était-il encore humain ?
Nastasia aurait pu l’aider,mais elle devait protéger les enfants.Il se débrouillerait seul.Les héros agissaient toujours dans l’anonymat.
C’était prématuré, il le savait. Il n’avait plus le choix. Il devait accélérer la procédure qui chez Mitch avait duré 20 ans.
Il ressentit une vive douleur, comme si un étau compressait son cerveau, une vive chaleur, comme si sa matière grise entrait en ébullition.
Il relia la parabole au casque par un câble coaxial, il enfila le casque sur sa tête, envoya balader ses chaussures de montagne, s’allongea.
Il ouvrit la fenêtre, arrima la parabole à la rambarde, la pointa vers le ciel jusqu’à ce qu’une led verte indique le signal nominal.
Jos abandonna le sac à dos dans un coin de la pièce. Il ouvrir la valise circulaire. Elle contenait une parabole et un casque de boxe.
Il s’éleva vers les étages, s’enferma. L’unique fenêtre donnait sur une jetée d’embarquement autour de laquelle s’agitaient des gyrophares.
Il la saisit aussi,puis se dirigea vers le lobby.Il donna son nom.La réceptionniste lui tendit une clé accompagnée du sourire réglementaire.
Il ouvrit le coffre,saisit un sac à dos orange,souleva le tapis de sol.À la place de la roue de secours, il y a avait une valise circulaire.
Plutôt que de filer vers Londres, il retourna vers le terminal et stationna dans le parking du Radisson Hotel.
Il déverrouilla les portières, embarqua, démarra, roula jusqu’à la barrière, paya avec une carte qui se trouvait dans l’accoudoir.
Il se glissa entre les véhicules stationnés, approcha d’une Toyota Sienna Minivan, glissa une main sous le plancher, s’empara d’une clé.
Joseph marchait mains dans les poches. Il ne transportait que son passeport et l’iPhone qu’il avait dérobé aux Croisés.